Annie Abrahams. La performance numérique, nouvelle anthropologie?

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ANNIE ABRAHAMS. La performance numérique, nouvelle anthropologie ?

Titulaire d'un Doctorat en biologie, Annie Abrahams toujours plus avide de comprendre et saisir le monde qui l'entoure poursuit alors un cursus au Beaux Arts de Arnhem. En 1997, elle abandonne la peinture et commence ses premières expérimentations sur internet. Cette première période est marquée par des performances « interventionnistes » proches des tentatives exercées par les artistes de l'art sociologique, comme l'illustre l'œuvre A KISS, dans laquelle l'artiste proposait une bise sur un site web. Les réactions des internautes faisaient partie intégrante de la performance. L'objectif était de rendre visible les interactions sociales dans ce qu'elle appelle « l'espace public de solitude », comme l'évoque récemment le livre Alone Together de Sherry Turkle. Annie Abrahams s'interroge sur les enjeux et les dynamiques du web sur nos rapports sociaux. Dans cet univers dans lequel nous sommes à la fois en contact avec le reste du monde et seuls face à une machine, comment nos relations se tissent-elles? Que dévoile-t-on de nous sur le web?

Ainsi, dès le début des années 2000, elle oriente ses performances vers cette dynamique de dévoilement de l'interactivité sur le réseau pour devenir la pierre angulaire de ses recherches. Sa démarche résolument sociologique porte l'estampille de la curiosité anthropologique, vestige de sa formation en biologie. Elle élabore un processus créatif très strict autour d'un protocole de base, fonctionnant sur le principe de la catharsis. Avec le soutien d'un ou plusieurs acolytes, elle construit une partie de la mise en scène qui peut prendre différentes formes telles que des signaux de début ou de fin, des interventions plastiques, sonores etc. Lors de cette première étape, elle élabore des situations où les participants et elle-même vont être contraints de se dévoiler. Le rôle de « l'Autre » est primordial dans le processus créatif de l'artiste. La performance ne peut exister sans lui. La seconde étape du processus créatif est la création d'un chaos salvateur comme l'évoque Deleuze ou Guattari par l'intermédiaire du Split Screen. L'interactivité par l'intervention direct du public sur la performance créée une incapacité d'anticipation qui permet à l'artiste de révéler les aspects vulnérables et désordonnés de la communication humaine. Elle lutte ainsi contre les clichés et les faux semblant. Internet est pour elle un terrain de recherche où acolyte(s) et inconnu(es) dialoguent ensemble. Elle souhaite ainsi détruire le simulacre de la représentation et en comprendre ses rouages. Elle se bat contre « l'auto-représentation », la construction du Moi social et éthique afin de définir un nouveau moi collectif.

Annie Abrahams loin des recherches transgressives prône la banalité pour révéler les tabous. L'influence de la philosophie de Jacques Rancière et du structuraliste dans son travail est claire. La fonction du langage se révèle primordiale.

Les performances d'Annie Abrahams sont une ode à l'Humanité. Où les individus réunis en groupe révèlent la quintessence de l'être humain et ses relations avec autrui.

Plus d'informations :

Prochaine performance le 20 février à L'université de Hull's Scarborough en Angleterre
www.bram.org